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Un vaste ensemble de discours

Par Internationale Citationniste :: 16/08/2007 à 23:20
        Paul lui cria en langage de bébé un vaste ensemble de discours prononcés devant des publics extra-parlementaires qui pour lui était un vilain mot. Louis effectua d’abord une rétention systématique des réactions, semblant de ne lui préter aucune attention, mais Eugène dégagea les grandes tendances qui peuvent ensuite servir de mises en perspective dans le cadre d’analyses plus monographiques encourageant Paul à continuer à se moquer de lui. Ces mots — coupé ou impuissant — n’étaient que légèrement moqueurs, mais, répétés avec insistance, ils provoquaient vraiment la prise en compte de toutes les manifestations des divers publics permettant de déterminer des fréquences de réactions.
        Levant les yeux, Louis menaça Paul d’une torgnole. Toujours poussé par Eugène, le petit  continua son manège jusqu’au moment où feignant la colère, le moustachu (Victor)  s’avéra obligé de temporiser voire de reculer dans son argumentation, en quelque sorte, le public le forma en tant qu’homme politique. Ces fréquences, croisées avec les types de réactions puis mises en regard avec les registres employés par l’orateur, les types de publics et les contextes locaux permirent de montrer comment l’orateur s’adaptait à ses publics pour admonester à la fois Paul et Léon. Paul se réfugia sur les genoux de Charles, qui le protégea avec une exagération moqueuse et considérant l’ensemble des discours prononcés entre 1870 et 1882, celle de 1879 lui parût alors exceptionnelle. Cette année-là, Léon se tût, phénomène unique dans sa carrière. Paul répéta sans fin l’insulte cependant que par ailleurs, et pour la première fois, divers orateurs, de tendances républicaines différentes, se rendaient dans une même ville de province, à Troyes : Eugène, Charles et Louis . Et, à mesure qu’il avait moins peur, le gros moustachu (Victor)devenait graduellement plus violent permettant de mettre clairement en lumière l’enjeu de l’interaction qui se noue entre les orateurs et leur public.
         La place des « blancs » dans les discours était très intéressante à analyser. Par exemple, les publics de Louis réagissaient plus rapidement que ceux de Victor, dès les 80 premiers mots en moyenne chez Louis contre 200 mots chez Victor. Paul recevant de plus en plus de claques pour rire, et plus il en prenait, moins il en avait peur. Les claques de Louis se terminaient par des moments de silence du public plus importants que celles de Victor. La « leçon » continua jusqu’à ce que Paul se sentît capable de continuer à insulter prononçant  840 mots sans être interrompu , indépendamment de la peur légitime des conséquences. La durée maximale de « blancs » observée étant de 450 mots.
        Le but de ce jeu était de lui enseigner à ne pas s’empêcher de faire ce dont il avait envie par peur d’un châtiment corporel, relativisant cependant ces « blancs », qui n'était jamais très importants. Il avait pu calculer, grâce aux indications de la presse, qu’à Troyes où Eugène  parla durant deux heures, il s’exprimait à la vitesse moyenne de 90 mots par minute entravant toute disposition à la couardise qui ne trouvait toutefois tout son sens que par référence au travail effectué sur le corpus général des discours. La seule forme de discipline que les quarantuitards reconnaissaient en fin de compte était qu'une fois le discours entamé, Victor enflammait davantage et plus fréquemment ses auditeurs. L’autodiscipline, c’est-à-dire une discipline faisant appel à la responsabilité permettait  de voir émerger des tendances ; le rire, pour eux était l’attribut symbolique du discours, parce qu’il détruisait l’âme humaine. 

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